par Sudanzare
En février 2009, le journal Cilento consacrait un article au travail de Tullia Conte et aux cours de danse populaire du sud de l’Italie qu’elle avait lancés dans le Cilento.
Tarentelles, tammurriate, pizzica, conscience corporelle et anthropologie : cet entretien témoigne d’une démarche qui associait déjà la pratique des danses traditionnelles à une réflexion sur le corps, la culture et la transmission.
Nous proposons ici la traduction française intégrale de cet article, paru à la page 69 du journal Cilento, afin de conserver et de partager cette trace d’une histoire qui se poursuit aujourd’hui avec SUDANZARE.
« La danse et les traditions contribuent au bien-être de l’esprit et du corps »
Traduction française de l’article publié dans le journal Cilento, février 2009, p. 69.
Photo : Un moment du cours « Danse populaire du sud de l’Italie », animé par Tullia Conte.
Celles et ceux qui ont toujours pensé que l’on va à la salle de sport uniquement pour entraîner son corps ou sculpter sa silhouette devront changer d’avis.
En effet, depuis septembre dernier, des cours de « Danse populaire du sud de l’Italie » ont vu le jour dans les salles de sport du Salento et de Vallo della Lucania, grâce à Tullia Conte, jeune étudiante en anthropologie (science qui étudie l’être humain d’un point de vue social, culturel et comportemental). L’objectif est d’apprendre les danses traditionnelles de ces régions, tout en s’appuyant sur une méthode fondée sur la prise de conscience de soi.
On se rend donc à la salle de sport pour entraîner également son esprit, renouant ainsi avec le sens classique du gymnasium.
Ces cours sont gratuits, à l’exception d’une petite cotisation mensuelle obligatoire destinée à l’assurance. Ils suscitent un intérêt considérable, comme en témoigne le nombre d’inscriptions.
Quel est l’objectif de cette initiative ?
« Pendant les cours, explique Tullia Conte, on apprend à danser, on découvre la musique du Cilento et les danses typiques du Sud, on apprend à mieux se connaître de l’intérieur et, en somme, à prendre conscience de son propre corps. Mes cours sont comme un voyage, une expérience sensorielle qui commence dans les Pouilles, traverse la Calabre et la Campanie et s’achève dans le Cilento. »
Les cours ont lieu deux fois par semaine, dans les salles de sport Starlight Body de Vallo della Lucania et dans la salle municipale de Salento. Ils reposent sur la méthode de l’anthropologie théâtrale, qui analyse le rapport entre l’acteur et la conscience vitale de ses gestes sur scène. Cette approche part de la déconstruction des catégories culturelles propres à l’individu, afin de lui permettre d’en accepter d’autres, radicalement différentes, puis de revenir aux siennes avec une conscience accrue.
Une fois par mois, grâce à la collaboration de musiciens reconnus de la région, tels que Tommaso Sollazzo, Angelo Loia, Pietro Ciuccio, Elisa Panzariello et Pietro Botte, de véritables cours-spectacles sont organisés. C’est un nouvel exemple du croisement entre danse, musique et théâtre, qui semble n’avoir pas d’âge dans le Cilento.
Comment est née votre passion pour les danses populaires ?
« Jusqu’à l’âge de dix-huit ans, explique Tullia, j’ai étudié la danse jazz à Naples. Je me suis ensuite installée à Rome pour concrétiser ma grande passion pour l’anthropologie, en m’inscrivant au cursus universitaire d’“Anthropologie de l’interculturel” à l’université La Sapienza. Le besoin d’appartenance et l’appel des racines m’ont ramenée quelques années plus tard dans le Cilento. Fascinée par le pouvoir expressif de nos danses, j’ai alors commencé à me consacrer aux danses de tradition populaire. »
Quelles danses enseignez-vous ?
« Les tarentelles, les tammurriate et la pizzica. Ce sont des danses traditionnelles qui se pratiquent en couple. Dans le Cilento, la tradition est bien vivante, comme en témoigne l’existence de personnes telles que madame Vincenza Cortazzo, de Cannalonga, qui danse encore aujourd’hui la tarentelle dans le style cilentain lors des fêtes. La richesse de ces expériences anciennes et des contextes dans lesquels elles s’inscrivent a renforcé mon sentiment d’appartenance culturelle, et c’est cela que j’enseigne. »
Que signifie être une anthropologue ?
« Cela signifie travailler sur les barrières culturelles. La danse est un bon moyen d’y parvenir, car ces barrières s’expriment avant tout à travers la corporéité. En transformant le rapport au corps, on peut favoriser chez l’individu une attitude d’ouverture à toutes les possibilités qu’offre la complexité du quotidien. »
Matteo Minà
(Avec la collaboration de l’anthropologue Antonietta Capaccio.)
Page 69 — Cilento • février 2009
