La « Taranta » : danse, mythe et mémoire du Sud

La tarentelle n’est pas qu’une danse festive ou folklorique. Elle est, dans son essence profonde, un geste rituel, un souvenir dansé, un cri muet du corps, inscrit dans une longue histoire de croyances, de douleurs et de transformations.

Chez Sudanzare, nous ne transmettons pas seulement une technique.
Nous réveillons une mémoire, celle d’un Sud qui a toujours su faire parler le corps là où les mots manquaient.


Une origine thérapeutique et symbolique

En 1959, l’anthropologue Ernesto De Martino part dans le sud de l’Italie pour observer un phénomène fascinant : le tarentisme.

Il y découvre les vestiges d’un rituel ancien pratiqué pour guérir la morsure d’une araignée mythique, la tarentule (Lycosa tarantula), dont le venin — bien que biologiquement inoffensif — déclenchait des crises de transe, de mélancolie, de douleur profonde, et nécessitait une réponse urgente : la danse.

C’est ainsi que naît, ou plutôt que se révèle, la pizzica – forme dansée de la tarentelle — comme moyen de catharsis, de libération émotionnelle et de réintégration sociale du sujet atteint.


Un phénomène culturel et pas uniquement pathologique

Le tarentisme ne peut se réduire à une pathologie. Il s’agit d’un syndrome culturel, lié à un contexte social, religieux et symbolique précis.
Ce que la médecine appelait autrefois hystérie ou délire, la communauté l’abordait par la musique, la danse, le cercle et la collectivité.

🌀 La personne « mordue » devenait alors le centre d’un rituel musical et corporel, où la transe n’était pas évacuée mais accompagnée, ritualisée et intégrée.
C’est une autre manière de penser la souffrance, où le corps exprime l’indicible, et où l’art est un soin.


La danse comme miroir de l’âme

Le mot taranta, diminutif populaire de « tarentule », a donné son nom à toute une cosmogonie chorégraphique et musicale qui traverse les siècles.
Ce n’est pas un hasard si la tarentelle, dans ses nombreuses déclinaisons (pizzica, tammurriata, saltarello…), continue aujourd’hui d’émouvoir : elle parle au corps profond, celui qui se souvient.

Comme l’écrivait Léonard de Vinci :

« La morsure de la tarentule fixe l’homme dans son propos, c’est-à-dire dans la disposition d’esprit où il se trouvait quand il a été mordu. »

Un pas de danse devient alors un symbole d’un état intérieur, un passage entre douleur et transformation, une mise en récit d’une expérience subjective dans un cadre collectif.


Sudanzare : faire vivre les danses rituelles aujourd’hui

Depuis sa fondation, l’association Sudanzare s’engage à transmettre les danses traditionnelles italiennes dans leur dimension rituelle, sociale et symbolique.

À travers nos stages, spectacles, recherches et ateliers, nous explorons des questions comme :

  • Comment le corps conserve-t-il une mémoire culturelle ?
  • Quel est le rôle du rythme dans les processus de régulation émotionnelle ?
  • En quoi ces danses anciennes peuvent-elles nourrir une vision contemporaine du soin, de la présence, de la communauté ?

Sudanzare vous propose :